Personne ne conteste la place de Cannes comme premier festival de cinéma de monde. A ce titre, il joue un rôle central comme prescripteur des tendances et un bon baromètre de ce que sera l'année 2018 dans les salles obscures. Il est donc intéressant d'analyser les films événements qui ont marqué cette édition afin de mieux éclairer les priorités futures de la profession.
La naissance du terrorisme global, l'emballement des crises économiques, sociales, et écologiques de ces dernières années ont marqué d'un profond mal-être tous les coins de la planète avec une synchronisation rarement vue dans l'histoire, laissant le monde dans un état de sidération collective. Les films de Cannes 2017 s'en étaient presque unanimement fait l'écho, unis dans la noirceur, qu'elle qu'en soit la cause. Parmi les longs métrages qui ont fait l'actualité de 2017, combien de fins explosives, résignées, impuissantes, négatives, névrosées ? Les réalisateurs sont des éponges aux sens exacerbés qui traduisent dans leur art leurs émotions. Tout comme les spectateurs apprécient les œuvres qui les émeuvent, parce qu'ils y trouvent un écho de leur état intérieur.
Au temps de la sidération succède le temps de la réaction. Tandis qu'une partie inquiétante de l'humanité cherche, par paresse intellectuelle, des boucs-émissaires à ses problèmes, les artistes essaient d'autre voies, pour restaurer le vivre ensemble. Charité bien ordonnée commence par soi-même ! A Cannes 2018, on a pu voir une surreprésentation des thèmes du retour aux sources, des quêtes de sens et d'identité (15 films candidats à la palme queer en 2018, qui récompense un film sur les questions d'identité sexuelle, contre seulement 7 en 2017, par exemple), comme si l'introspection était une étape indispensable pour dépasser le négativisme général de 2017. Mieux se comprendre pour espérer mieux comprendre l'autre, donc.Qui mieux que la Caméra d'Or, Girl, pour incarner cette préoccupation du cinéma ? C'est le récit touchant d'une adolescente transgenre qui fait le choix de la transformation et peut ainsi poursuivre ses rêves de danseuse classique. La Palme d'Or n'est pas en reste. Kore-Eda Hirokazu y interroge la nature même de la cellule par laquelle l'identité de l'individu se forge, sa famille. Et si la famille idéale était celle que l'on se choisit, celle où on s'épanouit, libéré des contraintes du lien du sang ?
Que dire aussi de Gräns / Border et de Yomeddine, les lauréats du Prix Un Certain Regard et du Prix François Chalais, qui, formellement, n'ont pas grand chose en commun, mais mettent en scène deux personnages ostracisés à cause de leur apparence physique et qui partent à la recherche d'eux-mêmes ? Et du délicat Sir / Monsieur, Prix de la fondation GAN, sur la rébellion d'une domestique contre son identité sociale, verrouillée par le régime des castes, en Inde ?
L'optimisme fait donc son retour, et c'est tant mieux pour ceux qui préfèrent le cinéma lorsqu'il est divertissant !






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